Antiféminisme à Bazzo.tv

Mon amie Hélène m’autorise à vous faire partager ce texte:

Encore une fois, le besoin de consigner les bêtises antiféministes qui circulent dans les médias est impérieux. Ce qui me trouble particulièrement, c’est que depuis quelques années, les charges antiféministes viennent surtout des femmes, qui se sont en plus souvent dit elles-même féministes un jour. Cette fois-ci, c’est Marie-France Bazzo, pourtant formée par des collègues sociologues, qui remet encore sur le tapis la question du contrôle féministe des institutions, mais surtout des discours sur la violence contre les femmes, plus précisément ici la violence de Marc Lépine à Polytechnique. Le panel d’invités donne déjà une orientation très claire quant aux conclusions espérées: Catherine Fol, « après-féministe » qui ne connaît pas le féminisme, mais qui est manifestement irritée en principe par celui-ci. Elle ne parvient pas à organiser un raisonnement ou à donner une information précise sur ce que font ou disent les féministes. Son propos se résume à répéter ad nauseam que les féministes divisent et mettent les femmes dans une position de victime uniquement. Elle, bien sûr, prônerait un dépassement de ces divisions sous prétexte que nous serions maintenant une société égalitaire. Sans nier les avancées importantes réalisées par les femmes depuis le début du XXe siècle (c’est ce que je m’évertue à étudier inlassablement), il est tout simplement faux de prétendre que les inégalités entre les sexes seraient disparues de nos sociétés. Sur ce point, tous les sociologues et les historiens s’entendent. Que C. Fol refuse même de s’informer ne regarde qu’elle, mais lui attribuer une compétence publique pour discuter sur cette question est le symptôme d’un grave affaiblissement de notre système journalistique et médiatique. Quant au second invité, Maxime-Olivier Mouthier, psychanalyste, qui s’appuie encore sur les mythes freudiens concernant l’essence féminine et masculine pour traiter de rapports sociaux actuels, c’est tout simplement du délire, surtout qu’il ne connaît manifestement pas plus le mouvement et le discours féministes que C. Fol.

Bien entendu, les positions de ces deux invités ont donné le ton aux échanges avec les chroniqueurs habituels (surtout ici Vincent Marisal) et l’invité de l’émission (Paul Arcand). Déjà peu sensibles à la perspective féministe, ils ont tous deux profité du ton antiféministes des « experts » patentés pour se laisser aller à leurs préjugés personnels sur les féministes radicales dépassées, exagérant les inégalités entre les hommes et les femmes, culpabilisant les hommes de faire partie du groupe dominant, etc.

Ce qui me fascine dans cet anathème, qui est malheureusement de plus en plus habituel, c’est à quel point il ne s’appuie jamais sur des données concrètes, empiriques, nominatives, bref des connaissances réelles sur le féminisme et les féministes. Pourtant, le féminisme radical n’est pas autre chose qu’une analyse sociologique des inégalités de sexe qui, lorsqu’elle ne porte pas l’étiquette « féministe » et est défendue par un sérieux professeur d’université (homme de préférence pour donner encore plus de crédibilité) est généralement acceptée par ces mêmes chroniqueurs ou animateurs populaires. La similitude entre les analyses féministes et les analyses sociologiques n’est pourtant pas perçue d’emblée par ces « journalistes » qui brillent rarement par leur intelligence lorsqu’il est question de rapports sociaux de sexe.

Enfin, cet épisode nous rappelle encore que les intellectuelles féministes, les savantes et les théoriciennes, sont peu intéressantes pour ce type d’émission, de plus en plus rare, qui prétend être d’information publique et recourir à des spécialistes.

Hélène Charron

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