Pour un allaitement ami des mamans

Il y a plusieurs sujets controversés dans le monde de la maternité et la parentalité. Laisser pleurer ou ne pas laisser pleurer ? Purées à 4 mois ou morceaux à 6 mois ? Cododo ou chambre de bébé à la naissance ? Discuter avec quelqu’un de l’autre côté de la clôture et soyez certaine que les jugements vont arriver avant même que vous ayez pu monter le ton, ou sortir des arguments de mauvaise foi – comme dans tout débat entre adultes qui se respecte. Le sujet le plus chaud parmi ceux-ci : l’allaitement.

D’un côté : les freaks de l’allaitement. Celles qui allaitent jusqu’à 3-5 ans, vous mettent en garde contre la confusion sein-tétine et répètent ad nauseam que donner du lait maternel est LA seule et unique meilleure chose qu’une mère peut faire pour son bébé. Selon elles, toute femme qui persévère suffisamment réussira à allaiter.

De l’autre côté : celles qui résistent. Pour elles, les seins servent au plaisir sexuel. Elles refusent d’être accrochées à leur bébé 24h sur 24 et souhaitent que leur partenaire participe aux soins du bébé en lui donnant le biberon. Elles décrient l’allaitement comme une pratique douloureuse, compliquée et un peu trop étrange pour notre époque. Selon elles, l’acharnement de l’allaitement nuit aux femmes.

Cette description est volontairement caricaturale. Ces deux pôles représentent les discours que l’on entend le plus, alors que quelque part sur le continuum entre ces deux pôles se trouvent aussi, entre autres, les mamans qui voulaient vraiment allaiter mais pour qui ça n’a pas fonctionné ; celles qui vivent l’amertume d’un allaitement qui s’est terminé avant leur désir ; celles qui ont commencé à allaiter, mais que l’angoisse de se dénuder devant autrui a paralysées ; celles qui tenaient à leur allaitement coûte que coûte jusqu’à ce que, complètement épuisées, la santé – physique et mentale – chancelante, elles troquent quelques heures de sommeil consécutives pour un biberon. Celles qui vivent seules leur deuil, leur déception et leur culpabilité, parce que le discours des freaks leur dit que si elles avaient voulu, elles auraient pu, et que le discours de celles qui résistent ne fait aucune place à leurs émotions ambivalentes.

Mon féminisme est radicalement pro-choix. Je vais toujours défendre les femmes et les mamans dans leurs décisions, quelles qu’elles soient. Ce n’est pas parce que j’ai choisi l’allaitement que toutes doivent faire ce choix et je soutiens entièrement celles qui optent pour la préparation.

Mais nous devons faire mieux pour celles qui auraient voulu et n’ont pas pu, parce qu’elles ont été flouées par un système médical qui met les bébés plutôt que les mères au cœur de sa promotion de l’allaitement. Plutôt que des Hôpitaux Amis des bébés, pourquoi n’aurions-nous pas des Hôpitaux Amis des mamans ?

Voici quelques expériences vécues par moi-même ou des amies proches qui découragent l’allaitement plutôt que l’encourager. Ces expériences ont été vécues dans des lieux de naissance et des CLSC, lors de consultation avec des médecins, infirmiers, infirmières, et autres professionnel.les de la santé :

  • Donner des informations contradictoires (je ne saurai jamais si mes mamelons sont courts ou longs)
  • Donner de mauvais conseils (comme proposer la téterelle/le tire-lait/le biberon trop tôt ou lorsque ce n’est pas adapté)
  • Évaluer/juger/noter nos habiletés sans le consentement de la maman
  • Mettre une pression exagérée sur le poids du bébé (comme en utilisant des courbes de croissance adaptées à la préparation et pas à l’allaitement)
  • Imposer un horaire de boires (non, un bébé naissant ne boit pas toujours aux 3 heures)
  • Ne pas préparer les mamans et leur réseau de soutien à la réalité des poussées de croissance et des tétées groupées
  • Mettre de la pression sur les capacités des femmes dans des moments de vulnérabilité et d’émotivité extrêmes – comme lorsqu’on vient d’accoucher
  • Utiliser du chantage émotif/de la culpabilité pour pousser aux actions (ex.: « Madame, vous devez allaiter/tirer/supplémenter si vous aimez votre enfant/tenez à sa sécurité »)
  • Insister sur le caractère naturel de l’allaitement en niant le temps d’adaptation et d’apprentissage (oui, ça peut être weird au début, un bébé qui tète)
  • Toucher des parties intimes du corps, aka nos seins, sans notre consentement
  • Réveiller une jeune maman et son bébé naissant (en santé) qui dorment (WHAT IS WRONG WITH YOU ??!)
  • Mentir (ex. Dire que l’allaitement ne fait pas mal. Impliquer que si la maman a mal, c’est qu’elle ne le fait pas correctement)

Je veux un monde où la promotion de l’allaitement n’est pas que dans le discours médical, mais dans ses pratiques. Où on s’intéresse au bien-être et à la santé des mamans et pas juste à celle des bébés. Où les mamans sont soutenues de manière appropriée et continue, par exemple avec l’accès facile et gratuit à des consultantes en allaitement certifiées. Où on explique les vrais faits aux femmes sans avoir peur qu’elles prennent la « mauvaise » décision.

Je veux une société qui favorise une culture de l’allaitement en phase avec la réalité des femmes. Des salles d’allaitement confortables dans tous les lieux publics – pour celles qui le veulent – et où il n’y aucun problème à allaiter en public – pour celles qui le veulent. Des représentations de seins qui ne sont pas uniquement sexualisés. Des représentations diversifiées de personnes qui allaitent.

Je veux une culture de l’allaitement féministe, qui soit ami des mamans et pas juste des bébés.

1 Comment

  • capucine Vercellotti
    2 novembre 2016

    Merci pour cette article. J ‘ai eu droit au réveil au milieu de la nuit en ayant accouché la à 20h et je ne connaissais pas les pics de croissance du coup biberon…Arrêt de l’allaitement épuisé à 6 mois. Du coup mieux renseigner pour le deuxième association soutien à l’allaitement plus quelques livres. Je crois que j’ai compris comment ça marche. C’est vrais qu’il ne vaut pas confondre naturel et facile. Et c’est pas parce que c’est naturel qu’il n’y a pas des connaissances à avoir sur le physiologie de l’allaitement. Il faut 72h pour que l’information entre la succion du bébé et la commande de lait. Quand le bébé réclame beaucoup et que l’on a l’impression de ne plus avoir de lait c’est peut jusqu’il passe commande pour plus de lait. Et c’est bien ses jours la de ne pas avoir a faire d’autre choses et d’être soutenue.

    [Commentaire hors-sujet? Abusif? Spam?]

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