Verdict : victime (partie 2)

J’ai lu un peu d’articles après mon interview concernant l’agression de Rosalie et j’en ai trouvé un intéressant écrit par un certain P.A. Beaulieu. Ce cher et très ouvert monsieur dit explicitement et je cite:

 

«Se pourrait-il que la vraie victime dans toute cette histoire ne soit que l’homme accusé de viol par Rosalie Genest? ¹»

 

Je n’ai jamais autant remis en question l’humanité. Cette phrase, cette simple phrase, résonne dans ma tête depuis que je l’ai lue. Ayant moi-même rencontré Rosalie Genest, je n’ai aucun doute quant à la véracité de son témoignage. Voici la culture du viol. Voici ce que nous encourageons quotidiennement, voici le genre de remise en question auxquelles nous devons faire face. C’est incroyable. Si vous avez besoin de perdre votre foi en l’humanité, je vous conseille fortement d’aller lire l’article en suivant le lien de la note en bas de page.

S’il y a bien une chose dont je suis sûre et certaine, c’est que Rosalie est une personne dotée d’une force mentale exceptionnelle, qu’elle est une jeune femme admirable et inspirante et qu’elle n’a pas à se sentir coupable des injustices qui lui sont arrivées. Je sais d’ailleurs qu’elle n’est pas une victime, mais une survivante.

Après avoir interviewé Rosalie, j’ai rencontré une intervenante de l’organisme Viol-Secours, qui a comme mission de soutenir les victimes d’agressions sexuelles dans leur cheminement de reconstruction personnelle.

Mme Gascon nous a expliqué que l’agression sexuelle est un crime qui peut prendre plus d’une forme, c’est à dire qu’il n’y a même pas besoin d’impliquer des contacts physiques pour être considéré comme tel.

Tout acte à caractère sexuel imposé à un individu est considéré comme une agression sexuelle; quand on parle d’exhibitionnisme, de voyeurisme, de frotteurisme, d’attouchements, de regards, de baisers, de relations sexuelles où l’un des partenaires n’est pas consentant, c’est un crime sexuel.

Une agression sexuelle est une prise de contrôle sur la victime, parce que l’agresseur viole l’intimité et la sexualité, et c’est ce que nous avons de plus personnel en nous. Les agressions de ce genre vont induire la victime à changer ses habitudes de vie pour éviter d’avoir à revivre une situation où elle pourrait perdre le contrôle sur sa sexualité.

Comme nous l’a expliqué l’intervenante, le système judiciaire n’est pas adéquat en ce qui concerne les crimes sexuels, parce que, je vous le demande, comment peut-on prouver, par exemple, qu’on ait été victime d’attouchements? Les attouchements ne laissent aucune preuve, tout comme l’exhibitionnisme, le voyeurisme, le frotteurisme et le harcèlement sexuel.

De plus, avec la culture du viol qui ne cesse de victimiser les agresseurs, il devient difficile collectivement de croire ces femmes et ces hommes qui décident de dénoncer. La sexualité est banalisée et c’est aussi l’un des facteurs qui nous incite à minimiser l’acte en soi et les conséquences qui viennent avec.

En somme, arrêtons de plaindre l’agresseur et soutenons les victimes. C’est elles qui en ont le plus besoin.

Si vous vivez une situation ou que vous en avez déjà vécu une, que vous êtes une femme et que vous cherchez de l’aide, vous pouvez appeler sans frais la ligne-ressource pour les victimes d’agressions sexuelles à ce numéro: 1-888-933-9007 ou visiter le site web du RQCALACS (Regroupement Québécois des Centres d’Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel) à cette adresse: http://www.rqcalacs.qc.ca/ pour trouver le CALACS le plus près de chez vous. N’hésitez pas à en parler.

J’aimerais remercier Rosalie Genest, sans qui cet article n’aurait jamais vu le jour ainsi que Mme Sophie Gascon, intervenante chez Viol-Secours pour ses explications et pour l’écoute qu’elle offre aux victimes.


¹ BEAULIEU, P.A., consulté le 20 avril 2017, «Le 26 octobre 2016», Le Blog de P.A. Beaulieu, [En ligne], Adresse URL: http://pabeaulieu.blogspot.ca/2016/10/le-26-octobre-2016.html Dernière mise à jour: 26 octobre 2016

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