Les théâtres montréalais ont vu une certaine résurgence de pièces à caractère féministe se produire sur les scènes au cours des dernières années. En ce sens, certaines artistes et auteures fondent résolument leur théâtre à partir d’un point de vue féministe et accompagnent leurs créations d’un discours qui en fait également la promotion. Mentionnons notamment les spectacles de projets hybris, les textes du Théâtre de l’Affamée, le J’accuse de l’auteure dramatique Annick Lefebvre, ou encore Gamètes de Rébecca Déraspe. D’autres œuvres, sans pour autant qu’un discours féministe appuie directement leur mise en valeur, traitent d’enjeux qui sont en lien avec les expériences et les réalités vécues par nombre de femmes. C’est le cas avec Table rase, du Collectif Chiennes, ou même Simone et le whole shebang d’Eugénie Beaudry.

Dans cette mouvance, il m’apparaît clair qu’un regard critique spécifiquement féministe, qui met en valeur et encourage les démarches et les écritures du théâtre actuel des femmes est plus que nécessaire.

Ainsi, ce sont les figures, les représentations, les imaginaires, les voix, les discours et les enjeux qui touchent les femmes que la critique féministe de théâtre s’attarde à problématiser. C’est tout un travail de décentrement du regard qui s’effectue et qui fait émerger l’aspect politique du travail des auteures de théâtre, des metteures en scène et des conceptrices. De ce fait, le regard féministe fait ressortir les expériences et les imaginaires  qu’une critique androcentrée pointe trop souvent comme étant seulement de l’ordre de l’intime, écartant du même coup les créations des femmes du champ artistique et social. En faisant apparaître d’autres dimensions d’une œuvre, tel son caractère féministe, c’est un nouveau regard sur notre société qui se dévoile. La critique féministe au théâtre cherche à aménager un espace de réflexion politique diversifié et mobilisateur.

Il est primordial que les œuvres théâtrales des femmes soient valorisées dans toutes leurs dimensions, qu’elles soient reçues et analysées tels des objets de connaissance du monde dans lequel nous vivons et à partir desquels saisir autrement les expériences des femmes.

Alors que le mouvement Femmes pour l’équité en théâtre (F.E.T) prend de l’ampleur, que des revendications politiques sont mises de l’avant et qu’on tente par plusieurs moyens originaux d’éclairer les démarches d’écriture et de mise en scènes des femmes artistes, la question de la critique féministe se révèle plus pertinente que jamais.