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Un jour plutôt tranquille à siroter des margaritas, ma meilleure amie et moi devisions gaiement sur le dernier sujet à la mode lorsque l’on est une adolescente de 14 ans et demi, pardon lorsque l’on est une jeune femme accomplie de 24 ans : les hommes. Alors qu’elle se plaignait de son dernier crush en date, une phrase qu’elle prononça fit « tilt » dans mon cerveau. « Mais s’il apprend que j’ai eu plein d’autres hommes avant lui, tu crois pas qu’il me prendra pour une …« Marie-couche-toi-là ».. ? ».

Si je dois être complètement honnête, cette situation est loin de m’être inconnue.
Recevoir des commentaires faits par un potentiel hookup (ça fait plus joli et international que  « plan cul » ou  « plan sexe ») sur mes expériences passées m’est déjà arrivé, et autant vous le dire, le loup n’a jamais vu ma tanière.
Il existe une nouvelle injonction bien hypocrite qui s’insinue depuis les 5, 6 dernières années dans notre chère société. Alors que les applications et les sites de rencontres se multiplient, que l’infidélité est clamée comme étant le ciment de toute sexualité épanouie et que les pubs Aubade montrent de moins en moins de lingerie, mais de plus en plus de fesses – au point qu’on se demande s’ils n’ont pas définitivement oublié qu’ils sont censés vendre des culottes- le nouveau mot d’ordre semble être le suivant : soyez les étendards d’une sexualité décomplexée, libérée, aventureuse, mais WATCH OUT. Tout d’abord, ce mot d’ordre, Mesdames, nous est principalement adressé (étonnant…). Nous devons être ces nouvelles reines du porno, au frifri bien lisse (comme la peau de ces chats souffreteux qui coûtent une blinde), capables de faire un deepthroat sans gag reflex, maniant la reverse cowgirl comme des pros et sachant déclamer des vers de Verlaine lors d’une levrette claquée (ça fait beaucoup à mettre dans un CV).

Mais attention. Le couperet peut tomber à chaque instant.

On vous demande d’avoir toutes ces nouvelles qualités et un nombre d’amants impressionnants, mais gare à vous ! Point trop n’en faut. Il y a une limite que personne ne connaît, mais dont tout le monde parle. Si vous êtes un peu trop ouverte aux expérimentations- vous l’aurez compris, à faire ce que bon vous semble de votre corps parce que bon sang c’est le vôtre-, le « spectre de la salope » attend au coin du bois.

Cela me rappelle une scène de ce film ô combien remarquable joliment appelé What’s your number ? (le ton est donné). Anna Faris est dans un bar entourée de ses amies et décide de jouer à « combien d’amants avez-vous eus? ». Toutes ont un nombre soi-disant « correct » (pour qui ? seul dieu le sait…), mais lorsque l’une d’elles avoue avoir eu 11 amants, ses amies commencent à la traiter de « vicieuse » et de « pute » (vous sentez la chute arriver). Le tour d’Anna Faris arrive alors. Et là, c’est le drame. Le numéro 19 tombe sur la table. Éclats de voix, éclats de rire, inspirations choquées, bouches de mérou ouvertes, arrachage de cheveux, cris de pintade… BREF, la fin du monde ou presque. C’est alors que l’intrigue du film se met en marche. L’une d’elles sort un magazine du type Cosmo (méfiez-vous de ces magazines pourris) dans lequel il est écrit que 20 est le nombre d’or : si une femme n’a pas réussi à trouver l’amour d’ici là, elle n’aura aucune chance de mettre la main dessus et adieu rêves de mariages, pièce montée, maison en banlieue et golden retriever. Du coup, le personnage d’Anna se lance dans une course contre la montre pour trouver son numéro 20 avant d’être atteint de cette lèpre sociale qu’est le célibat à 30 ans ou d’être la caricature de la femme aux multiples amants, mais au cœur vide d’amour.

Vous sentez un peu l’arnaque ? La culture du slut-shaming ne s’est jamais aussi bien portée ! On nous rabâche à longueur de journée que si l’on ne met pas la main à la pâte, nous sommes des prudes, bonnes pour la case vieilles filles, mais que si on le fait un peu « trop », l’on finira seule, privée d’amour, comme une bonne vieille punition pour avoir mangé trop de cookies.

Il me revient à l’esprit cette comparaison très connue : un homme qui a plusieurs conquêtes est appelé « champion », « samouraï »…, tandis que son pendant féminin est toujours défini par les six mêmes lettres.

Peut-être bien que la société hétéronormative n’élève les femmes que dans le seul but de satisfaire le plaisir du mâle hétérosexuel ? Qu’en est-il de notre plaisir ? Et surtout de notre droit à disposer de notre corps comme on l’entend, avec autant de personnes qu’on le souhaite ?

Alors quand ma meilleure amie se ronge les ongles pour savoir si elle doit avoir honte de ses expériences passées pour plaire à ses expériences futures, je me rappelle qu’une société qui base son fonctionnement sur le slut-shaming s’appelle une société patriarcale, entendez par là une société en perte de vitesse, et bonne pour la casse.

Alors Mesdames, respirez un grand coup, et allez faire ce que bon vous semble, avec qui bon vous semble.

Avec tout mon amour,
Nicki Frost.