Le présent texte vise à illustrer une réalité que certaines femmes peuvent vivre, soit la pression d’avoir des enfants dans une période de temps bien précise à cause des conjonctures sociales et des facteurs biologiques qui s’y attachent.

 

Bonjour. Je m’appelle Nadia et j’ai seulement sept ans pour procréer. Il s’agit d’une mathématique de l’amour bien loin de ces charmants rêves de princesses et du royaume des mille et une nuits. Une réalité plutôt froide et pragmatique qui m’angoisse depuis des années sans que je sache pourquoi. J’ai même développé un talent indéniable pour dénigrer certains de mes comportements symptomatiques que certains pourraient qualifier d’hystériques.

Je dois avouer qu’il m’est très difficile de livrer mes expériences personnelles, car je n’aime pas me sentir vulnérable et dévoiler mon intimité. Soyez donc, s’il vous plaît, indulgent avec cette sorcière.

Donc, je me confesse : j’ai déjà mis rapidement de la pression dans une relation pour parler de famille et d’enfant. Nerveuse, angoissée et irritée, j’ai haussé le ton. J’ai persisté lors de conversation à parler de cette réalité et manifesté de l’agressivité. Trop peur de perdre l’enfant. Peur que mon partenaire se reproduise avec une autre femme que moi.

L’autre exemple est que j’aime faire l’amour. C’est un acte de foi en l’amour et c’est la rencontre ultime entre deux énergies créatrices. C’est d’une beauté inouïe et j’ai du plaisir. C’est également un acte reproducteur. Alors oui, inconsciemment ou consciemment, je souhaite être fécondée. Je « bande ».

Et dire qu’à une certaine époque, les femmes pouvaient être enfermées pour ça… Quelle tristesse…

(En ce sens, ça me fait penser à l’une des plus belles chansons que le Québec porte et que j’écoute en boucle depuis des années, « Une sorcière comme les autres », de Pauline Julien, et le film Une méthode dangereuse de David Cronenberg.)

 

Qui n’a jamais entendu l’une des citations suivantes : « Elle a 35 ans, elle est pressée d’avoir un enfant. » ou « Cette femme cherche uniquement un géniteur. » ou « Cette femme a fait un enfant dans le dos de l’homme. » ou « Les femmes mettent de la pression sur les hommes pour fonder une famille rapidement. »?

Personnellement, ce type de commentaires me fait mal. Il cultive du même coup un grand respect pour ces hommes qui expriment le besoin de vivre une vie plus légère, sans attentes et dans la joie.

J’ai également beaucoup d’estime et d’empathie pour la femme que je suis ainsi que pour toutes ces femmes vivant une pression génétique et sociale de procréer dans un laps de temps bien précis. En ce sens, laissez-moi vous présenter les indicateurs qui motivent mon raisonnement.

Âge approximatif des premières menstruations : 12 ans[i]

Âge « socialement acceptable » pour avoir un premier enfant : 20 ans[ii]

Âge approximatif de la fin des études de la femme : 26 ans[iii]

Âge moyen de la naissance d’un premier enfant : 29 ans[iv]

Âge approximatif moyen de diminution de la fertilité : 35 ans[v]

Âge très approximatif où les risques à l’accouchement augmentent : 41 ans[vi]

 

En résumé, j’ai estimé sans prétention que la femme a environ sept ans pour procréer. À condition bien sûr que son cursus soit sans faille et que son cheminement de vie soit relativement conventionnel.

 

Si je considère aussi que les femmes sont de plus en plus nombreuses à faire des études universitaires et que les tâches familiales sont souvent majoritairement assumées par la mère, mon calcul n’est pas si grossier que ça.

En ce sens, je dois avouer être parfois jalouse de ces hommes. Ils peuvent considérer avoir des enfants à 50 ans et même se donner le luxe de rappeler aux femmes qu’elles sont stressées, pressés ou qu’elles ont trop d’attentes dans une relation conjugale.

Alors je me représente : Nadia, 35 ans, cherche géniteur. En période de demi-deuil, il se peut qu’elle se sente déchirée entre les vertus familiales et amoureuses, ou entre prendre le temps de vivre le moment présent et la pression génétique et sociale de procréer.

Merci d’être indulgent vis-à-vis cette femme qui a peur de ne jamais pouvoir être, si on en croit ce diktat social, « une vraie femme ».

 

Deux références intéressantes :

http://pilule.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=466

http://femmesansenfant.com/

 

Coquetterie d’une génération éduquée avec Passe-Partout et la télé, je lance une bouteille à la mer pour que le film Horloge biologique 2 soit produit.

 


[i] Pr Juliane Léger, endocrinologue pédiatre à l’hôpital Robert-Debré, « Puberté : des règles à quel âge en moyenne? », Allodocteurs.fr, 21 octobre 2010 :

http://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-puberte-des-regles-a-quel-age-en-moyenne-_2926.html.

[ii] Institut de la statistique du Québec, Naissances et taux de fécondité selon l’âge de la mère, indice synthétique de fécondité et âge moyen à la maternité, Québec, 2009-2016 : http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/naissance-fecondite/403.htm.

[iii] Martin Turcotte, « Les femmes et l’éducation », dans Femmes au Canada : rapport statistique fondé sur le sexe, Statistique Canada : http://www.statcan.gc.ca/pub/89-503-x/2010001/article/11542-fra.htm.

[iv] Maman pour la vie, « Portrait statistique des naissances au Québec », 12 octobre 2015 : http://www.mamanpourlavie.com/grossesse-maternite/actualites/11199-portrait-statistique-des-naissances-au-quebec.thtml.

[v] SantéMédecine.net, « Chances de tomber enceinte selon l’âge », mai 2015 : http://sante-medecine.journaldesfemmes.com/contents/1079-chances-de-tomber-enceinte-selon-l-age.

[vi] Ariane Lacoursière, « Accoucher à un âge avancé : des risques élevés », La Presse, 15 septembre 2011 : http://www.lapresse.ca/vivre/sante/femmes/201109/15/01-4448003-accoucher-a-un-age-avance-des-risques-eleves.php.