Avertissement : cet article peut contenir de la mauvaise foi, des préjugés et une méconnaissance des faits, car il ne se base sur aucune statistique, étude empirique ou analyse d’experts. Que sur du bon vieux fait vécu. Nous préférons vous en avertir.

 

Il était une fois une enseignante au préscolaire et au primaire qui, voyant ce que consommaient culturellement nombre de ses élèves, en particulier les pré-adolescentes, dans leurs temps libres, me tint à peu près ce langage: « C’est vraiment du vide. Y a aucun contenu intéressant là-dedans ». Et moi, souffrant d’une opinionite aigue due à une écoeurite d’acquiescer : « Mets-en! »

Voici donc sous forme de catégories quelques-uns des modèles les plus acclamés par moult pré-adolescentes d’aujourd’hui, et qui me laissent perplexe:

  • Des youtubeuses qui s’improvisent aussi autrices en n’ayant pour contenus que leur quotidien personnel, du genre : j’aime la crème glacée, j’ai un chat, voici comment je m’habille, me coiffe et me maquille, etc., et qui finissent au rang de vedettes, un peu à la manière des stars éphémères des télé-réalités;
  • Des mangas dans lesquels les jeunes filles portent sensiblement les mêmes vêtements, notamment des jupes très courtes, et arborent pour ainsi dire toutes le même visage, avec des yeux surdimensionnés, dans des histoires mélangeant les premières amourettes et des aventures peu ou pas vraisemblables;
  • Des séries télévisées mettant en vedette des adolescentes remplissant différentes missions, mais où – attention clichés! – la scientifique du groupe est clairement identifiée comme tel par son port de lunettes, et genrée avec entre autres accessoires ce summum de l’inoriginalité : un rouge à lèvres d’espionne – ouf.

* Dans ces cas, on a une distribution d’actrices et de jeunes femmes belles, souvent hypersexualisées, massivement hétérosexuelles, sans maladie ni handicap, et rarement racisées.

 

Plusieurs m’opposeront ceci : « Ben là, on aimait le même genre d’affaires avant » – et me citeront une pléthore d’exemples qui, à défaut de constituer une liste exhaustive, seront certainement pertinents…

Mais justement : qu’avons-nous fait comme « progrès » ces dernières décennies?

 

Quand j’étais enfant, j’étais fan de belles aventurières aux corps parfaits et d’histoires où la belle blonde aux yeux bleus passe sa vie à attendre l’amour. Des modèles qui ne m’ont pas beaucoup servie. En revanche, des personnages féminins de séries et films québécois (Daphnée dans La grenouille et la baleine, Fanny dans Bach et Bottine, Julie dans Les Intrépides, etc.) m’ont amené à vouloir autre chose que la beauté et l’amour, comme la créativité, l’originalité et l’intelligence; ça avait vraiment l’air cool de jouer de la flûte à bec aux baleines (Daphnée), de chanter à tue-tête dans le bain de concert avec le voisin (Fanny) ou de faire arrêter les criminels (Julie).

Vous me direz que pour la diversité culturelle, ou même physique, on repassera, mais bon, il y avait déjà du bon. Et on ne connaissait pas autant de plateformes à travers lesquelles visionner ces contenus à toute heure, en tout lieu, en quantité illimitée, moyennant quelques clics avec la tablette, l’écran de l’ordinateur, la télé et le cellulaire… Mais ça, c’est un autre débat.

 

Mon objectif est d’arriver à déterminer, dans une perspective descriptive plus que prescriptive, ce que seraient des contenus culturels de « qualité » pour les pré-adolescentes. Car si une femme adulte bénéficie généralement d’une expérience de vie et d’un esprit critique appréciables pour sélectionner ce qui lui convient ou non, il serait imprudent de le prendre pour acquis chez des pré-adolescentes de neuf à douze ans, non?

Quels critères donc envisager? Se baser sur ce que la pré-adolescente elle-même considère comme étant de « qualité », ou plus communément « bon » ou « intéressant »? Et sur quoi se base-t-elle pour le dire? Sur l’influence des autres? Sur la publicité? Sur quoi? Comment, à la vue des modèles auxquels elles sont quotidiennement exposées, les jeunes filles d’aujourd’hui percevront-elles leur rapport à leur corps, aux relations amicales et amoureuses, à la différence, etc. en grandissant?

 

Et nous, féministes en 2017 qui avons entre autres défis de contribuer à l’épanouissement de ces jeunes filles, quels seraient nos critères? Personnellement, j’opterais pour des contenus mettant en scène des jeunes filles auxquelles les pré-adolescentes peuvent s’identifier, ayant des qualités, des talents, des physiques, des capacités, des origines, des genres et orientations sexuelles variés. Ou, au minimum, des jeunes filles qui mettent de l’avant d’autres caractéristiques que leurs attraits physiques pour se mettre en valeur et des projets plus enlevants qu’un quotidien basé sur la consommation et le paraître.

 

Somme toute, mais ma réflexion demeure ouverte et n’a pas été cogitée sur de longs mois comme pour la rédaction d’un essai, j’estime que les pré-adolescentes d’aujourd’hui sont surexposées, et de ce fait, surconsomment, des contenus culturels proposant des modèles féminins peu édifiants. D’aucuns me lanceront : « Tu proposes quoi à part chialer contre ça? Censurer ce que les jeunes aiment qui ne te plait pas? ». Du tout, je vous rassure. Simplement encourager le financement public d’initiatives culturelles, comme le projet Kaléidoscope, prises par et pour des femmes, et des jeunes filles, impliquant une diversité significative au sein des actrices, artistes et autrices impliquées, mais aussi des projets inspirants et signifiants tant pour les pré-adolescentes que pour la société des années 2000, comme de construire des logis pour les sans-abris, concevoir une nouvelle façon d’étudier les tumeurs ou, plus humblement, démarrer un projet artistique, coopératif, sportif ou autre… Ce serait déjà plus vraisemblable que de se transformer en félin pour combattre une créature magique et plus valorisant que de tenter de se faire connaitre en se lançant des défis sur Youtube comme… allez voir sur Youtube.