Un conte de Noël… très sexiste

Comme chaque mois de décembre arrive l’esprit des fêtes, accompagné de ses chocolats chauds, ses sablés à la cannelle, ses lumières scintillantes et ses téléfilms niaiseux. C’est totalement assumé : nous savons que ce ne sont pas des productions de très grande qualité et que les ficelles du scénario ressemblent plutôt à des cordes, mais se pelotonner sous un plaid devant ces téléfilms est devenu une vraie tradition de la période des fêtes.

 

Seulement, il y a un hic !

 

Si par le passé je regardais films et téléfilms de décembre avec un œil innocent, cette année, cela m’a mise mal à l’aise. J’ai l’impression que des morales assez douteuses commencent à s’imposer dans mes productions bien aimées.

 

Cependant, je ne me fais pas d’illusions: ce côté moralisateur a toujours été là et est assumé et ces téléfilms américains amènent avec eux une certaine morale un peu rigide. Mais cela peut aussi s’expliquer par le fait que ce sont de petites productions montées à la chaîne, même si certaines sortent du lot, bien sûr. Il est donc facile de prendre un schéma et de le plaquer sur toutes les productions.

 

J’ai cette impression peut-être trompeuse que, par le passé, les téléfilms se centraient sur l’importance de la famille en utilisant des ressorts scénaristiques tels que la famille recomposée, le fantôme d’un·e proche que l’on revoit à Noël et qui pardonne, le père Noël en détresse, etc.

 

Mais une tendance scénaristique semble s’imposer de plus en plus : on suit l’histoire d’un personnage féminin qui au grand dam de toute sa famille et ses proches a préféré choisir sa carrière plutôt que l’amour. Ce personnage nie regretter son choix et semble tout à fait épanoui dans son travail, jusqu’à ce qu’un homme débarque et lui fasse réaliser à quel point l’amour, c’est important aussi. Iels finissent ensemble et rien ne nous informe à savoir si elle quitte son travail ou non.

 

Il s’agit clairement d’une critique à l’encontre des femmes qui, depuis qu’elles se sont émancipées, n’hésitent plus à mener une carrière, quitte à retarder l’arrivée des enfants ou même à y renoncer. Et s’il reste vrai dans la réalité que les femmes sont souvent confrontées au choix carrière ou famille, il est cependant faux qu’elles renoncent en même temps à l’amour ! Dans ces téléfilms, cela est amené de manière plus pernicieuse. D’abord parce que le choix se fera entre l’amour et la carrière, de manière très manichéenne donc, insinuant qu’on ne peut avoir les deux et que choisir la carrière fait souffrir, mais pas l’inverse.

 

Ensuite, cela permet d’éclipser tout propos militant : dans la réalité, les choix ne sont pas nécessairement aussi radicaux et l’on peut souffrir d’avoir privilégié sa vie de famille plutôt que sa carrière. Idem pour les congés parentaux jamais mentionnés et qui sont une part importante de la problématique.

 

Et d’ailleurs, on ne sait pas si le protagoniste masculin va renoncer à sa carrière ou prendre un congé parental digne de ce nom. Parfois même, il aura été délaissé par cette méchante féministe carriériste alors qu’il était prêt, lui, à sacrifier sa vie professionnelle… enfin, on le suppose puisque la question n’est pas abordée.

 

Là où la femme doit choisir et se remettre en question, l’homme, lui, a déjà tout bon et n’a pas à renoncer à quoi que ce soit.

 

L’autre aspect problématique de ce genre de scénario, c’est qu’il joue une fois de plus sur la prétendue inconstance des femmes qui pensent l’inverse de ce qu’elles disent. Comme dit plus haut, si une femme dit qu’elle n’a pas besoin d’homme, qu’elle n’en veut pas, qu’elle est très heureuse comme ça, c’est qu’elle ment ! Puisque de toute évidence elle finit heureuse avec un homme avec le sous-titre “j’avais tort”.

 

Le message de ces téléfilms est très clair, car sous le prétexte de l’amour on assène une morale archaïque prétendant qu’une femme ne peut être heureuse ou entière si elle n’a pas un homme dans sa vie, que privilégier sa carrière est une erreur qui l’éloigne de l’amour.

 

De la même manière, il est rare de suivre des personnages de couleur ou d’origine modeste et impossible de voir un couple LGBT+ au cœur de l’intrigue.

 

Le souci étant que dès que l’on demande d’inclure des minorités, on nous répond qu’il ne s’agit pas de productions engagées, mais simples, qui permettent de faire rêver. Où est le problème ? Les deux sont tout à fait compatibles. Inclure un couple lesbien ne fera pas automatiquement d’une œuvre un monument du 7e art.

 

Je pense qu’il est bon d’avoir une pensée critique sur ces aspects de notre culture qui nous sont si proches, afin de ne pas se laisser influencer. Regarder des films de Noël sera toujours un plaisir pour moi, même si je me lasse bien vite maintenant des romances qu’elles décrivent. J’aimerais qu’elles évoluent et reflètent réellement notre société, sans un sous-texte moralisateur et conservateur plutôt nauséabond. Après tout, ces productions sont censées faire rêver tout le monde, non ?

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