Je reste t’expliquer le non

Léa Toutain

 

tu t’accotes

banalité

                        on a discuté, tout à l’heure

non, j’ignore ton nom

tu me le dis

déjà je m’en fiche

de mon accent tu tires des conclusions

de là tu embrayes

sur une conversation que j’ai eue

des centaines de fois

sans intérêt

                        et t’aimes ça les hommes québécois?

il le voudrait

mauvais présage

pas assez saoule pour la patience

mon corps parle

un langage que tu prends pour de la séduction

j’envierais un sourd

à ce moment précis

tu m’emprisonnes la main

je tourne

évite de soupirer malgré l’ennui que tu me causes

 

comme un sombre con satisfait

tu persévères

                        tu m’embrasserais?

non

                        tu me laisserais t’embrasser?

non

                        t’as pas envie?

non

                        t’as pas essayé, comment tu sais que t’en n’as pas envie?

je le sais car mon cœur se lève de dégout

au premier coup d’œil

je t’ai trouvé beau

mais là

trop proche de ton souffle

tu me confisques la main

encore

et t’enlaidis à la seconde

je veux te retirer mon nom de la tête

et ces quelques minutes de mon temps précieux

 

je reste t’expliquer le non

 

 

autour de nous, trop d’hommes

des beaux

des physiques amicaux

 

je reste

t’expliquer

le non

 

             envolé

 

pas toi non

tu ne vas pas cesser non

tu vas continuer à me regarder comme ton actrice porno favorite

celle qui refusera trente fois

avant d’ouvrir la bouche et les cuisses face au prédateur

tu vas te plaindre de mon corps en défensive

je me mortifierai de vivre ça sur ce trottoir

sous des yeux pas tous inconnus

mais aux corps tellement stoïques

 

toi qui me prends la tête entre tes mains

qui veux me voler

 

non

non

non

que vaut mon non

ce soir? plus grand-chose

même exprimé tout haut

même devant toute une foule enfumée

même lorsque les gestes joignent la parole

je finis humiliée

et toi

tu gagnes

puisque le silence des autres finit par te donner raison

je pars

l’honneur entaché

 

je suis juste la chose qui a haussé le ton

et jeté sa dernière clope aux pieds du monstre qui la fait s’enfuir

ne me reste que ce visage que je croiserai dans le miroir

avant de dormir

celui que je voudrai faire disparaître

avant de pleurer

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