La ministre des Relations internationales du Québec, Madame Christine St-Pierre, a affirmé récemment que la défense des droits des lesbiennes, gais, bisexuels et trans (LGBTQ) fera désormais partie intégrante de la politique étrangère québécoise. Pour elle, « nos valeurs démocratiques incluent les droits des LGBTQ » et il est important de défendre ces valeurs face aux diplomates et politiciens d’autres pays où les personnes LGBTQ font l’objet de discriminations. Le Québec veut désormais avoir du leadership et être proactif en abordant les droits LGBTQ dans des forums internationaux et veut promouvoir les enjeux liés à cette communauté, comme le fait déjà le premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Trudeau avait, d’ailleurs, souligné ces enjeux à l’ouverture du sommet de l’organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Madagascar en dépit de la résistance de plusieurs États africains présents.

L’intégration des droits LGBTQ dans la politique étrangère du Québec et dans les discours politiques de Trudeau porte à croire que la situation des personnes LGBTQ au Canada est glorieuse. Or c’est loin d’être le cas, surtout au Québec. En comparaison à d’autres pays, ou même à d’autres provinces et territoires du Canada, le Québec reste bien en retard quand il s’agit de droits LGBTQ. Certes, il y a eu des avancées considérables depuis quelques années mais le Canada, et plus particulièrement le Québec, est encore loin de pouvoir se targuer d’avoir un rôle de chef de file en matière de droits LGBTQ surtout en ce qui a trait aux droits des personnes trans. À l’opposé de pays tel que l’Argentine, Malte, les pays du nord de l’Europe, ou même l’Ontario et l’Alberta, le Québec ne montre malheureusement pas encore de leadership digne d’admiration.

Les droits des personnes trans migrantes totalement ignorés

Durant les deux dernières années, deux nouvelles lois au niveau provincial ont modifié le Règlement relatif au changement de nom et de la mention du sexe à l’état civil afin de permettre aux personnes trans d’ajuster leurs documents légaux. En effet, la loi 35 et la loi 103 ont permis aux majeurs et mineurs trans du Québec de changer leur nom ou leur mention de genre à l’état civil. Ces deux lois, par contre, excluent les personnes trans migrantes non-citoyennes.

Le Québec est paradoxalement la seule province dans laquelle le changement de nom et de mention de sexe demeure impossible pour les non-citoyen-nes. Or, l’obtention de la citoyenneté peut facilement prendre plus de 7 ans. Cette situation amplifie les difficultés rencontrées par les personnes trans migrantes qui doivent faire face à la discrimination, à la violence, au harcèlement mais surtout au déni de leurs identités. Cela crée notamment des difficultés lors de la recherche d’emploi ou de logement, lors des interactions avec les institutions gouvernementales, et lors de l’utilisation du système de santé. Ne pas avoir de documents légaux conformes à son identité est une discrimination à laquelle les personnes trans migrantes font face durant plusieurs années et qui cause des détresses psychologiques, de l’isolement et fait obstacle à leur intégration et leur pleine participation à la vie citoyenne.

N’y a t- il pas là une contradiction flagrante quand même la charte des droits et libertés québécoises interdit depuis cet été la discrimination basée sur l’identité ou l’expression de genre? En interdisant aux personnes trans migrantes le changement de nom et de mention de sexe, l’article 71 du code civil du Québec ne devient-il pas discriminatoire au regard de cette charte qui, elle, s’applique autant aux personnes citoyennes qu’aux personnes résidentes du Québec?

L’importance d’agir au Québec

L’année 2016 a marqué le début de plusieurs actions de mobilisation de la part des personnes trans migrantes. Cet été, la seule marche trans à Montréal avait pour thème « les droits des personnes trans migrantes » et a rassemblé plus de 400 personnes. Plusieurs activistes se sont mobilisés pour pointer les réalités difficiles des personnes trans migrantes et les discriminations dont elles sont victimes au quotidien. Avant de promouvoir les droits LGBTQ à l’international et de revendiquer un quelconque leadership, il me semble important que le Québec reconnaisse au plus vite cette incohérence et prenne les mesures nécessaires pour la corriger sur son propre territoire.

Les voix des LGBTQ migrants, et surtout celles des personnes trans migrantes, sont bien présentes au Québec. Elles résonnent dans la rue, dans les universités, sur les réseaux sociaux, et dans la presse écrite et visuelle. Elles se transmettent en plusieurs langues, avec des accents différents, des intonations multiples, avec des propos forts, et une résilience inépuisable. Avant d’essayer de porter ces voix-là à l’étranger, le Québec devrait d’abord les écouter et améliorer leurs conditions de vie, pas ailleurs, mais ici même.

Dalia Tourki, militante pour les droits des personnes trans migrantes

Crédit photo : Pîerre Ouimet