Dans une société qui rend la jeunesse seul synonyme de beauté, vieillir est difficile. Partout, on valorise la pureté des traits jeunes, des visages dénués de rides. Ces dictats de la beauté sont surtout présents dans la mode, celle-ci présentant, dans une vaste majorité, que de jeunes mannequins sur leurs panneaux publicitaires et dans leurs magazines. La beauté, c’est être jeune (et mince, puis blanc, mais ça, c’est un autre débat).

En analysant les différents messages envoyés par les dogmes de la mode, on se rend compte qu’il y a un message contradictoire. D’une part, on pousse sans cesse les femmes à paraître toujours plus jeunes, et d’un autre, on les juge et les humilie lorsqu’elles s’habillent avec des vêtements s’adressant à un public plus jeune. Pourquoi y a-t-il ce double discours ?
La société, et plus précisément le patriarcat, a toujours voulu dicter le corps des femmes. Que ce soit leur utérus ou le tissu sur leur peau, les femmes n’ont jamais pleinement eu le contrôle sur ce qui leur appartient. Aujourd’hui, dans notre société occidentale, les femmes vivent encore sous la pression de plaire, cette pression d’être celles qui sont regardées en tant qu’objets. En vieillissant, les femmes ne perdent pas cette pression, et elle va même s’accentuer. Vieillir, c’est voir son corps changer, et, dans ce monde où la beauté est celle qui est jeune, cela signifie perdre de son éclat, de sa valeur aux yeux des autres. Ce constat malheureux, aussi fâchant qu’il paraisse, est une réalité à laquelle aucune femme n’échappe. Ce qui est d’autant plus affligeant, c’est que lorsqu’une femme d’un certain âge décide de faire ce qu’elle veut de son corps et de sa sexualité, elle se fait doublement juger. On lui dit de paraître jeune, de faire attention à ses rides, de cacher ses imperfections, d’être mince, etc., mais aussi par-dessus tout ça d’être humble et pas trop bruyante. C’est alors que si cette femme décide de s’habiller en shorts courts avec une camisole, elle se fera humilier. On lui dira qu’elle devrait s’habiller « selon son âge ». Mais c’est quoi, s’habiller selon son âge, au juste ? Porter un cardigan rentré dans son pantalon bleu poudre ? Les femmes plus âgées peuvent faire ce qu’elles veulent de leur corps. Elles peuvent s’habiller comme elles l’entendent, sans discrimination. Juger ainsi, c’est faire de l’âgisme, et ce mépris envers les vieilles dames qui assument leur habillement est qualificatif de misogynie. Aussi simple que cela.
Ce qui est d’autant plus aberrant, c’est que ce jugement vient aussi de jeunes femmes. On ne le dit pas souvent, mais avoir un féminisme intersectionnel inclut aussi le mandat de défendre les femmes aînées. Être jeune, c’est être privilégié. On ne peut pas nier qu’il y a de l’âgisme aussi envers les jeunes, mais la société néglige davantage les aînées. C’est pour cela qu’il faut, en tant que femmes et féministes, défendre les plus âgées lorsqu’elles sont discriminées pour leurs actions en fonction de leur âge.

Toute leur vie, les femmes vont souffrir de jugements pour leur apparence. En vieillissant, c’est encore pire. On n’a qu’à se rappeler cette pas si charmante chanson de Jean-Pierre Ferland :

 

C’est à 30 ans que les femmes sont belles

Avant, elles sont jolies

Après, ça dépend d’elles

 

Cette chanson (qui est d’ailleurs censée être une ode à la beauté des femmes) est ultimement sexiste. Elle représente très bien la mentalité présente dans notre société quant à la beauté et la vieillesse. On ne demande pas aux hommes d’avoir l’air jeunes. On ne demande pas aux hommes de s’habiller « selon leur âge ».

Faisons de même pour les femmes.