Je suis queer

Je suis queer. C’est le mot que je préfère pour définir mon orientation sexuelle. C’est juste assez clair et juste assez flou pour moi. Je vais choisir le mot bisexuelle pour parler de moi quand je veux faire ça simple, quand je ne suis pas certaine de l’étendue des connaissances sur les questions LGBTQIA+ de la personne à qui je m’adresse. Probablement que le mot le plus précis pour décrire ma réalité est pansexuelle, mais je ne sais pas trop, j’ai toujours l’impression que je dois l’expliquer et ça me fait penser à une joke de poêle à frire qu’avait faite Ash Hardell et j’aime pas penser à mon identité comme à un outil de cuisine. En tout cas, tout ça pour dire que j’ai la capacité de tomber amoureuse de gens peu importe leur sexe. C’est comme ça que je l’ai dit à mon partenaire quand j’ai décidé de lui faire un coming-out il y a 2 ans. Fuck les étiquettes.

 

Parce que mon principal enjeu, c’est pas mal ça. J’ai bien des mots pour me décrire, mais je les utilise rarement. Et avec très peu de gens. Si mon orientation sexuelle est claire pour moi depuis environ 5 ans, j’ai longtemps jonglé avec l’idée d’en parler ou pas, principalement parce qu’à ce moment-là, ça faisait déjà 5 ans que j’étais en couple avec mon partenaire, un homme cis, que je suis une femme cis qui n’a pas eu d’autres partenaires « officiels » et que j’ai toujours pensé qu’un coming-out de ma part dans ce contexte serait considéré comme non légitime par les autres. Moi même, ça m’a pris du temps avant de me trouver légitime, puisque je n’ai même pas expérimenté avec une fille. Je sais maintenant que mes attirances pour des personnes de genres différents sont bien réelles, et ce, depuis toujours. C’est juste que c’est facile de considérer des kicks sur des filles comme de l’admiration ou de la grande amitié quand t’es une ado qui sait en théorie que la bisexualité existe, mais qui dans les faits n’a jamais vu personne l’être ou en parler. Surtout quand t’as aussi de l’attirance pour des gars. Dans ma tête, cette attirance-là était réelle. Celle pour les filles ne pouvait pas l’être : j’étais pas lesbienne (je ne le suis toujours pas d’ailleurs).

 

Pis c’est ça mon struggle : l’invisibilité des personnes bi/pansexuelles. Aujourd’hui, j’ai 33 ans, un enfant, et un emploi qui m’amène à parler souvent à des jeunes. Seule quelques personnes très proches de moi connaissent mon orientation sexuelle. Je trouve encore que faire un coming-out at large n’est pas pertinent pour le moment. Je passe pour straight pour des raisons évidentes. Sauf que. Sauf que j’aurais aimé ça être capable de mieux me comprendre avant l’âge de 28 ans. Sauf que j’aimerais ça être un modèle pour les jeunes avec qui je travaille. Sauf que je veux que mon enfant sache que l’hétérosexualité n’est pas la seule orientation possible. Sauf que je ne suis pas straight.

 

Pour ça, il faudrait que je sois out au travail. Avec ma famille. Ça fait beaucoup à gérer, en plus des tracas quotidiens. À chaque fois que le mois des Fiertés arrive, j’aimerais tellement ça être fière, moi aussi. Mais j’ai toujours l’impression que je ne fais pas partie de la gang. Je n’ose pas fréquenter les espaces queer parce que je ne m’y sens pas légitime. J’ai peur qu’on me dise que je ne suis pas assez queer. Et pourtant, à chaque mois de juin, je me demande si c’est là que je fais un statut facebook qui va régler la question une fois pour toutes. À chaque fois, je me dégonfle, parfois en laissant aller mon secret à une personne ou deux. Je me dis qu’avoir des modèles, c’est important, mais que je ne suis pas obligée de prendre cette responsabilité sur mes épaules si je ne me sens pas prête. J’ai hâte d’être prête.

 

 

Source de l’image: https://www.flickr.com/photos/stevensnodgrass/6807424348/in/photostream/

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