« Je ne pourrais pas sortir avec une personne trans »

J’ai souvent entendu dire des personnes (généralement cis[1]) qu’elles ne pourraient pas coucher, ou sortir avec une personne trans. D’après ces personnes, c’est une question de goût. D’après moi, c’est de la transphobie, et je vais tâcher de vous expliquer pourquoi.

 

Le problème avec cette phrase, c’est qu’elle part du principe que toutes les personnes trans ont quelque chose en commun, et que c’est cette chose en commun qui empêcherait certaines personnes de les désirer. Sauf que cette chose en commun, c’est justement leur transidentité.

 

Mais qu’est-ce que la transidentité ? C’est le fait de ne pas se reconnaître dans le genre que l’on s’est vu-e assigner à la naissance. Les personnes qui disent ne pas vouloir coucher ou sortir avec une personne trans disent donc ceci : je ne veux pas sortir ou coucher avec une personne qui ne se reconnaît pas dans le genre qu’elle s’est vue assigner à la naissance. Dit comme cela, cela paraît un peu absurde.

 

Quand les personnes tenant ce genre de discours développent leurs propos, on comprend en fait que pour elles, une personne trans est une personne ayant des caractéristiques sexuelles secondaires associées à un genre, et les organes génitaux associés à un autre. C’est en fait cet aspect anormal[2] de certains corps trans qui rebuterait les personnes qui ne veulent pas sortir avec des personnes trans. On pourrait discuter sur comment la société façonne ce que l’on juge désirable ou non-désirable. Cependant, même au-delà de ce point, on ne peut que relever l’absurdité et la fausseté d’une telle affirmation. Il existe une variété infinie de personnes trans et de façons de vivre sa transidentité : certaines personnes prennent des hormones, d’autres non, certaines se font opérer et pas d’autres, certaines n’ont pas du tout recours au médical, certaines ne se sentent ni hommes, ni femmes, etc.

 

Ainsi, dire que l’on ne pourrait pas sortir ou coucher avec une personne trans est, avant d’être transphobe, absurde, puisque c’est une phrase qui ne veut rien dire étant donné la diversité des situations de transidentité. Dire que l’on ne pourrait pas sortir avec une personne ayant à la fois de la barbe et une vulve relève de goûts (de goûts modelés par une société cisnormative[3], certes, mais de goûts quand même). Mais cela n’est pas du tout la même chose que de soutenir que l’on ne pourrait pas sortir avec une personne trans tout court. Car alors cela suppose que le simple fait de la transidentité n’est pas désirable en soi, ce qui est profondément transphobe.

 

Je ne vous demande pas de modifier vos préférences, ni même de les questionner (même si je pense que cela ne peut qu’être bénéfique de comprendre pourquoi nous sommes attiré-e-s par certaines choses ou au contraire rebuté-e-s par d’autres). Il y a déjà suffisamment de pression et d’injonctions dans les domaines de l’amour et de la sexualité pour ne pas en rajouter. Ce que je vous demande, simplement, c’est de faire attention et d’être précis-e-s quant aux mots que vous utilisez, afin d’éviter de faire l’amalgame entre toutes les personnes trans et de véhiculer des préjugés.

 

 

[1]     « Cis » renvoie à « cisgenre » et désigne les personnes se reconnaissant dans le genre qui leur a été assigné à la naissance. A l’inverse, « trans » renvoie à « transgenre » et désigne les personnes ne se reconnaissant pas dans le genre qui leur a été assigné à la naissance.

[2]     « Anormal » est ici employé en temps que réappropriation politique d’un terme pathologisant : il désigne des corps qui ne correspondent pas à l’idéal cisgenre dyadique, c’est-à-dire au modèle de division binaire entre hommes et femmes en fonction de si les personnes ont un pénis ou une vulve. En ce sens, les personnes intersexes dérogent également à l’idéal cisgenre dyadique puisqu’elles n’entrent pas dans l’une de ces deux cases.

[3]     La cisnormativité désigne un système dans lequel la division binaire hommes avec pénis/femmes avec vulve est érigée en norme. Cela conduit notamment à partir du principe que tout le monde est cisgenre, et à médicaliser/mutiler les personnes qui naissent intersexes dans le but de les réassigner à l’une des deux catégories.

7 Comments

  • ropib
    7 août 2018

    J’imagine que la transphobie fonctionne de la même manière que l’homophobie ou d’autres phobies de l’identité de l’autre. Et de ce que je comprends ce genre de phobie se construirait autour de l’angoisse de découvrir que sa propre identité n’est pas conforme à la norme sociale et à la face qu’on s’est construite. Je me trompe ?

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  • Julie
    7 août 2018

    Je n’aurais aucun problème à sortir avec une personne trans qui a terminé sa transition, je m’en fous de ce que cette personne avait entre ses jambes avant. Par contre je n’aimerais pas être avec quelqu’un qui est en plein milieu de sa transition et qui a, je reprendrais ton exemple, une vulve et de la barbe, ou l’inverse, des seins et un pénis. J’aime les femmes qui ont des caractéristiques féminines et les hommes qui des des caractéristiques masculines. Mais une fois la transition faite, ce n’est pas quelque chose qui me dérangerait. Quand mon copain me dit que lui ne serait pas capable de sortir avec une femme trans, même si elle est super attirante et très féminine, je trouve ça triste.

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    • Morgan
      8 août 2018

      Salut Julie! Merci pour ton commentaire. En effet tu as tes goûts et c’est bien ton droit 🙂
      Par contre quand tu parles de « transition terminée », il ne faut pas oublier que cela peut désigner des choses fort différentes en fonction des personnes. Certaines personnes trans vont estimer que leur transition est « terminée » quand elles auront acheté de nouveaux vêtements, d’autres quand elles auront commencé une thérapie hormonale, d’autres encore quand elles n’auront rien fait de particulier. Ca dépend de ce qu’on appelle transition, mais ça ne désigne pas forcément les organes génitaux. On peut parler plus généralement de « transition sociale » pour désigner les multiples changements qui peuvent avoir lieu.

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      • Julie
        10 août 2018

        Ok, ça fait du sens! J’essaie de ne rien dire de blessant mais on s’entend que c’est un sujet plutôt complexe. J’ai une amie qui m’a dit être transexuelle l’an passé et j’essaie de la soutenir le mieux possible, mais ça m’arrive de dire quelque chose de blessant sans le vouloir. Elle m’a suggéré de lire la BD « A Year Out : A Transition Story » de Sabrina Symington, je l’ai lue hier soir et j’ai bien aimé et j’ai appris des trucs. Il y a des choses que je savais déjà, mais ça ne fait pas de mal d’avoir un rappel. Ça m’aide à mieux comprendre et je ne demande que ça. Quand je vois passer des articles ou des vidéos sur la transexualité je les lis ou les regarde.

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  • miss K
    15 août 2018

    oui, on entend dire « je pourrais sortir avec un.e trans opéré.e » ou l’inverse sachant que la trans non-op est aussi objet de fantasme…. en général les personnes qui « ne pourraient pas sortir avec une personne trans  » n’en connaissent pas, ne se rendent pas compte de la diversité de la population trans… ces gens-là pourraient même sortir avec une personne trans sans savoir qu’elle est trans… mais ils s’imaginent qu’ils sont suffisamment malins pour savoir qui est trans et qui ne l’est pas… la belle affaire !

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